Ah, Madame, comme il est bon de vivre en vous! Et c'est pour cette raison que je ne vous quitterai pas. Malheureusement, je ne crois pas que je suis accompagné dans mes opinions. Ni par vous, madame, ni par vous, chevalier!
- Il n'y a, dans ce monde, que trop peu d'espace pour les bonnes gens. Ceux-ci comprennent la souffrance puisqu'il souffre eux aussi. Quel dommage, Monstre!, que votre riche domaine vous donne la liberté d'étouffer la vie des autres!
- Il en va, en effet, de cette liberté que Dieu m'a donnée. En elle, je me libère de contraintes que je n'ai jamais connues. Si Dieu m'a offert ce destin, il ne m'a pas dit quoi en faire. Dès lors, je suis le seul responsable de ma conduite. Quel dommage, en effet, que je n'ai pas l'âme charitable! Il se trouve, vous le savez bien, que j'adore imposer ma volonté, puisque, comme je vous le disait, Dieu ne m'a jamais transmis la sienne.
-Vous en prendrez vite connaissance lorsque vous mourrez! Dieu n'oublie personne! Il sait ce que vous faite avec ce destin que vous chérissez tant t qu'il vous a confier!
- Quel imbécile, ce Dieu, de ne pas m'avoir tuer avant! Quel mou! Quelle honte de le côtoyer pour l'éternité en son royaume! Plutôt l'enfer!
- Vous irez! Je vous ju...
-Je sais, taisez-vous! Ni vous, ni Dieu ne se mettra entre moi et mes désirs! Cette femme, que vous protégez ... enfin, que vous maudissez d'être amoureux, sans doute!
-Comment osez-vous ?
- Assez ! Cette femme, disais-je, m'appartient. Elle fut à moi, je la violai plus d'une fois, à son grand plaisir puisque j'y laissais un denier pour sa guérison. Cela lui plait sûrement puisqu'elle en redemande. Certains la diront pauvre et misérable, en auront pitiés. Plusieurs, par compassion, me maudissent et prient le ciel pour qu'il les débarrasse de l'ogre qui entretient sa perte! Il leur est intolérable qu'elle n'ait d'autre choix que de se soumettre à mes désirs pour survivre.
Ne vous inquiétez pas, je la lave et la nourrit avant de la souiller et de la laisser pour morte. Quel instinct de survie tenace!
- Cette femme ne mérite pas ce traitement, elle fut douce envers tous. Elle demande pardon à tous ceux qu'elle rencontre d'être si impure. Elle pleure, à chaque service liturgique, sur l'autel même, d'être si faible de sa chair. Elle se maudit d'avoir si faim et de se donner à vous, Démon, pour apaiser son ventre d'un guignon de pain. Elle pleure de la perte de ses enfants, condamnés aux limbes de n'avoir jamais été baptisés. Elle pleure de n'être pas encore morte! Elle demande pardon au ciel et attend d'être pardonnée par Dieu ; elle attend qu'Il cesse de la punir en refusant sa mort.
- Ah, la pauvre! D'ici, on ne voit que mes terres sur lesquelles tout m'appartient et où règnent mes lois. Dieu lui a donné le destin d'être ma proie, je n'ai aucun regret de la blesser; aucun regret, monsieur, d'avoir égorger, moi-même, mes bâtards devant ses yeux! Non, aucun! Ce fut même distrayant!
- Vous être le Diable en personne!
- Peut-être.
- Monsieur, je ne laisserai jamais, de ma vie, une telle atrocité se reproduire. En Garde, scélérat, que je vous transperce et que gicle votre sang noir.
- Qu'il en soit ainsi, peut-être qu'aujourd'hui est le jour de la fin de ma vie, qui sait?
[...]
- Voyez, le Bien ne peut battre le mal, car il est juste et loyal. Or, vouloir verser le sang n'est pas Bien, mon ami, c'est définitivement Mal! Dès lors, je n'ai point cru me renier en vous tirant dessus alors que vous pensiez que je dégainais mon épée. Pendant que vous mourrez, voyez le sort que je réserve à votre brebis égarée que vous vouliez sauver.
P.S. Je ne sais pas pourquoi cette histoire est née dans ma tête. Il n'y a aucun message que je voulais passer. C'était peut-être qu'un essai littéraire.